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Quête vers la faim

Retour à l'arbre

Me voilà dehors, prêt à affronter les transports pour mener ma quête à bien : trouver de quoi manger. Armé contre le bruit de la foule, mon casque calé sur les oreilles, avec de la musique celtique qui m'emporte loin des couleurs grisâtres de la banlieue parisienne. Mes pas me mènent au rythme des percussions jusqu’à ma station. Je manque de me ramasser alors que je marche sur le bord du trottoir, tel un funambule maladroit. Il fallait bien qu'il y ait des obstacles sur ma route !

Je me dirige sur le quai. Isolé du monde extérieur, j'en profite pour observer les autres passagers qui attendent aussi leur train. Je m'amuse à imaginer leurs destinations. Cette jeune fille qui arbore fièrement son sac Gryffondor va-t-elle retrouver ses amis à une quelconque convention ? Et ce vieillard qui calme son chien ne vient-il pas d'un monde parallèle ? Je prends note de ces rencontres et m'en inspire pour rejoindre justement l'univers que j’ai créé. Je pense à ce que je vais écrire. Elle me répète souvent que je devrais arrêter d'autant réfléchir et que devrais plutôt consacrer mon temps à écrire. Elle n'a peut-être pas tort.

J'entre dans mon train de manière quasi automatique, sans vérifier sa destination. Je fais confiance au destin pour m'amener à bon port. Au pire, si je me trompe je découvrirai un nouveau lieu… ou je rebrousserai chemin ! Tout est possible, je ne me ferme à rien. J’allume mon portable et jette un coup d’œil à ma messagerie. Elle m'a répondu. Je me presse d'aller lire ses retours…

«LunaGirl : Bonjour. Es-tu au chemin de Traverse ? »

Elle avait ignoré mon dernier message. Ou alors ne l'avait-elle pas reçu ?

« Norbu : pas encore

tu as lu mon texte ? »

Son statut affiche «Déconnectée ». Je plisse des yeux, blasé. Je pressens qu'elle va me refaire le même coup que la dernière fois. Elle repasse en vert, couleur de l'espoir.

« LunaGirl : On peut se retrouver là bas dans 30mn ? »

«Norbu : ok »

Elle évite mes questions et enchaîne les messages avec des ponctuations. Ce n’est pas bon signe. Je l'imagine déjà me foudroyant avec ses yeux durs. Elle me dit être souvent énervée, et que j’en suis récemment la cause avec mes messages « philosophiques à deux balles » comme elle les appelle. Je sais que c’est faux, elle apprécie nos échanges. Elle est bien plus prévisible qu'elle ne le pense. Elle se cache juste derrière sa colère pour ne pas montrer que je l'affecte. Ses réactions m'amusent. Je me surprends des fois à la regarder pour essayer de comprendre ce qu'il se passe vraiment chez elle. C’est très stimulant.

Après un changement ou deux dans les métros, j’arrive enfin au fameux «chemin de Traverse ». J'ai déniché cet endroit par hasard, en vagabondant dans le 5e arrondissement après une matinée ennuyeuse en cours. À l'abri des regards, des murs aux peintures criardes et des personnes au look atypique qui en ressortent : ce café-manga pourrait en rebuter plus d'un. J’avais décidé de suivre un client aux cheveux multicolores qui errait dans la ruelle en chaussettes et avais pris mon courage à deux mains avant d'entrer. Depuis ce jour, j'avais fait de ce lieu une deuxième maison. J'y viens régulièrement pour lire, écrire, et surtout faire des rencontres. Les propriétaires m’avaient adopté, même lorsque je laissais mes affaires ou que j’oubliais de payer. J'entre, retire mes écouteurs derrière la nuque, et les salue en m'enquérant de leurs dernières nouvelles. Je commande mon thé vert et un croque-monsieur, puis prends place à ma table habituelle. J’ai ma petite routine que j'aime caser dans mes petites aventures. J’ai l’impression ainsi de me laisser vivre comme je l'entends, sans risquer non plus de me mettre en danger. Je suis loin d’être comme mon personnage capitaine d'un navire à bord d'une mer indomptable ou encore de mon héroïne druide qui vaque à ses péripéties.

Je suis en train de manger lorsque la porte s’ouvre d'un coup sec. Elle est assez brute dans sa démarche, comme s'il fallait qu'elle s'impose par la force en arrivant dans une pièce. Ses lunettes prennent la buée et lui masquent la vue. Elle ne me voit pas. Je me lève et me dirige vers elle pendant qu'elle enlève ses deuxièmes yeux.

-Tu devrais essayer l'Impervius, lui dis-je.

Elle lève la tête vers moi, en fronçant des sourcils. Elle laisse échapper un sourire malgré elle.

-Si seulement. Bonjour.

Elle se penche vers moi pour me faire la bise et je recule.

-Je suis Encore Malade, je te rappelle.

Elle acquiesce, presque soulagée. Je sais qu'elle n'aime pas quand on la touche. Une convention sociale de moins. Je retourne à ma place et attend qu'elle me suive. Elle est partie saluer les tenants du bar-café. J’en profite pour terminer mon en-cas. J'attends un bon moment avant qu'elle daigne s’intéresser à moi. Je la presse :

-Alors ?

-Alors quoi ?

-Tu en penses quoi de mon extrait ?

-J'en pense que si tu veux faire passer un message à une éternelle insatisfaite, tu peux le lui dire en face.

Elle croise les bras, défiante. Encore une fois, un sourire se forme au coin de ses lèvres. Elle n’est pas vraiment fâchée. Elle joue juste son jeu habituel de la fille agacée. Je reprends une tasse de mon thé, en humant le parfum qui me rappelle des souvenirs de voyage.

-Et tu n’as toujours pas répondu à ma question. Qu'en penses-tu ?

Elle soupire et roule des yeux. Ses bras tombent sur le côté, elle s'avoue vaincue face à mon insistance.

-Tu ne peux pas toujours choisir, même quand tu le voudrais. J'aimerais avoir le contrôle sur tout, même mon propre bonheur, mais ce n'est pas pour autant que ça marche. Je n’arriverai pas à me convaincre d’être heureuse si ce n’est pas vrai. La vie n’est pas aussi simple, même lorsqu'on ne cherche pas à la compliquer. Par contre, je peux essayer de créer plus d'occasions pour être au moins contente sur ces courts instants. Comme par exemple prendre un café avec quelqu’un qui m'agace et passe son temps à argumenter.

Elle détourne le regard et sort son carnet. Son recueil de notes, son agenda, son organizer... qu'elle ne montre quasi à personne. Elle écrit – d’après elle – volontairement mal pour ne pas qu'on arrive à la relire. Il lui arrive de me faire lire des passages. Des textes où elle crache sa rage et laisse exposer son cœur.

A suivre

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