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Du sang sur les ciseaux

Retour à l'arbre

Le commissaire Brunie souffle bruyamment en passant le seuil de l’immeuble. Depuis la veille, il se sent bizarre, presque fiévreux. Nul doute qu’il couve quelque chose de pas bon, style grippe ou gastro. Bref, une saleté qui va saper ses forces et engourdir quelque peu ses neurones.

- J’avais bien besoin de ça maintenant, grogne-t-il en se dirigeant vers l’ascenseur.

La montée et l’étroitesse de la cabine lui génèrent un haut-le-cœur qu’il contient difficilement, et c’est avec un net soulagement qu’il prend pied sur le palier. Le planton fait un bref mouvement de la main qui, dans l’urgence, peut passer pour un salut. Brunie hoche la tête, contemple les lieux du délit à travers la porte d’entrée béante, l’esprit déjà en action. La porte est à deux vantaux, comme cela se faisait dans les années cinquante, date de la construction de l’immeuble. Les bourgeois possédaient généralement des pianos et les entrées d’appartements rupins étaient conçues d’origine pour permettre le passage et l’installation de ces lourds engins de musique. Brunie repense brièvement à son enfance, à sa mère qui cuisinait et à son père qui meublait les soirées en jouant de l’accordéon, tandis que sa sœur et lui lisaient ou étudiaient sur une table brute recouverte d’une grossière toile cirée. Chez eux, la porte d’entrée était juste assez large pour passer et les protéger du froid, et encore...

Les vantaux ont été collés au mur, offrant un maximum de place pour l’unité de Police technique et scientifique. Deux hommes en combinaison blanche opérent visage au sol, attentifs au moindre détail. Un ruban latéral permet d’entrer et sortir sans souiller la scène de crime. Brunie pénètre rapidement dans le couloir, cherchant du regard un visage connu. Du salon contigu jaillit une voix claire : 

- Ah, vous voilà commissaire !

Marivaux lui tend la main en signe de bienvenue. Visage ovale, regard franc et cheveux en permanence décoiffés, le jeune stagiaire officie depuis peu au « 36 », mais son sérieux et surtout son acharnement proverbial le hissent déjà au-dessus du standard habituel. Grandet, le Principal, l’a placé sous sa responsabilité et Brunie s’en réjouit chaque jour, bien qu’il n’en laisse rien paraître. Le commissaire lui jette un bref regard puis tend l’index vers l’entrée :

- Raconte…

- Marie-Claire Montfort-Louis née Murano, c’est la victime. Blonde, mince, 42 ans, sans profession, bourgeoise jusqu’au bout des ongles, défilés de mode, associations de charité, et j’en passe. Mariée à Arnaud, Charles, Henri Montfort-Louis, brun, dans les 45 ans, responsable d’import-export dans une société lyonnaise. J’ai interrogé la concierge mais elle ignore le nom de la-dite société…

Brunie sort une main de sa vieille veste de cuir sombre puis esquisse dans l’air un geste rapide, comme pour signifier le peu d’importance de l’information.

- Couple sans histoire, continue Marivaux. Mariés depuis 18 ans, 2 enfants de 6 et 7 ans, tout ce petit monde habite le quartier depuis presque 10 ans.

- Les gamins, où sont-ils ?

- A l’école. 

- Un mercredi ?

- Oui, un mercredi. Saint Jean-Baptiste, cours privé. Ils sortent ce midi.

Brunie se masse doucement les tempes, chassant pour quelques instants le sournois mal de tête qui le gagne pernicieusement.

- La victime, les circonstances…

- La femme était étendue derrière la porte d’entrée. Plusieurs coups à la tête dont un très violent au niveau du pariétal gauche. La chevelure a un peu amorti le coup mais l’os s’est brisé, occasionnant un fort saignement et une plongée immédiate dans le coma. D’après les premières constatations, le légiste estime l’heure du décès entre neuf heures du soir et trois heures du matin, cette nuit donc.

- Qui a découvert le corps ?

- La bonne, une certaine Ania...

Marivaux feuillette son calepin.

- ...Lukowiak. Polonaise, employée depuis un an chez les Montfort. En arrivant ce matin, elle a trouvé sa patronne morte derrière la porte. Il a fallu qu’elle force pour rentrer.

 Brunie fronce les sourcils.

 - Le corps bloquait le battant ?

- Oui. 

- Et c’était fermé à clé ?

- Oui.

- Il y a une autre sortie ?

- Non. Les fenêtres ne s’ouvrent que parcimonieusement et nous sommes au quatrième étage.

- Je suppose que l’appartement était vide…

- Juste le corps de la victime.

Le commissaire fait quelques pas, jetant un regard circonspect sur les meubles cirés et les bibelots immaculés.

- C’est une enquête pour Rouletabille, murmure-t-il, l’éternel mystère de la chambre close… 

Marivaux tousse pour réclamer l’attention.

- Il y a autre chose.

- Oui ?

- La victime avait un objet dans la main droite, une paire de ciseaux.

- Et alors ?

- Elle est poisseuse de sang…

A suivre

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