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L'appel de la vallée

Retour à l'arbre

Le parfum de Marie-Claire lui revient et, avec lui, les douces formes de son visage. Il ferme les yeux et soudain, c'est comme si elle était là, devant lui. Son cou aux lignes gracieuses, ses épaules, sa dernière robe noire, qui laissait deviner les courbes troublantes de son buste. Penser à elle le fait entrer comme en hypnose. 

Il danse avec elle comme au premier jour, sent encore au bout des doigts la caresse de sa main, la voit virevoltante dans la musique, son regard ancré dans les siens. Son sourire hante encore ses rêves. Il ne cesse de la revoir, de l’entendre, tente de la saisir, et se brûle les doigts. 

Il rouvre les yeux, s’arrachant à son rêve. Pourquoi est-il là ? Le souvenir de sa mort, si soudaine, lui arrache un soupir. Son départ, qui remonte déjà à plus de 6 mois, n'a été que le signe avant-coureur d’un mal qui ne cesse de s’étendre. Elle avait été l'une des premières victimes de ce qui devait tourner au cauchemar.

Il n’y avait pas cru, pourtant… Il avait essayé de lutter, de s'accrocher. Mais tout avait perdu sens.

Son départ vers le refuge n'était d'ailleurs pas le seul. Depuis quelques jours, une folie a enveloppé la ville. Sans crier gare, partout, un homme, une femme, un enfant ou un vieillard, se lèvent, quittent leur travail, leur école, ou leur fauteuil, et partent vers la vallée. On ne peut alors les arrêter. Ils semblent aveugles et sourds, résistent à tout, perdent le contrôle de leur volonté apparente, marchent, courent, rampent jusqu'à la frontière de la ville et franchissent les barrières, installées pourtant par le gouvernement pour dissuader leurs fuites. Comme en 1989, à Berlin, lors de la chute du mur, les autorités n'arrivent plus à endiguer le phénomène. 

Si au début, ils n'étaient qu'une dizaine, on ne compte plus maintenant la foule qui se presse hors des murs, en quête d’autre chose, d’air pur, de verdure. Des pans entiers de l'économie se trouvent ainsi vidés de toutes leurs forces vives. La pollution a atteint un tel niveau qu'une quête nouvelle tourne à la folie : respirer !

 Il se lève d’un bond... Y a-t-il un avenir ? Il sort, ferme la porte du refuge et descend. Au tournant d’un chemin, la rivière lui apparaît, coulant lentement dans un univers de verdure et de paix. Il y a là un petit chemin de terre, longeant l’eau scintillante, dont le cours gracieux se faufile entre les rives verdoyantes. Les bruits sont étouffés derrière la colline et on n’entend plus que le chant fragile d’une mésange.

Un petit souffle d’air caresse les jeunes feuilles dont le vert tendre se noie dans la surface de l’eau. Le ciel, d’un bleu soutenu, est rayé, par endroits, par le vol d’un canard. Quand il parvient près de l’onde, un héron se lève, se déploie dans un geste ample, ses grandes ailes grises tachetées de blanc. Il suit son vol, au loin. Il longe la cime des chênes puis, virant sur la droite revient vers lui, se pose, plus en aval de la rivière. Il l’aperçoit, ensuite, immobile, sur la branche décharnée d’un chêne, les yeux rivés sur l’Avre, guettant le saut d’une truite imprudente.

Les premières éphémères volent, telles des plumes d’oie sauvage, en de larges mouvements incertains, frôlant la surface et dansant au rythme de la brise. Parfois, l’une d’elles se pose sur l’onde et libère ses œufs, avant d’être le plus souvent gobée par une ablette, un brochet voire une truite dont le reflet argenté brille au soleil avant de disparaître dans l’eau. L’odeur de la rivière mêlée à celle des fleurs en pleine croissance l’envahit un instant.

Il s’arrête, s'assoit sur une souche et pour la première fois, depuis des années, comprend. Sa vie avait perdu le sens du beau. Sa course n’avait plus de sens. L’essentiel est là… Et le reste n’importe plus.

A suivre

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