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L'envol des souvenirs

Retour à l'arbre

Il est resté là, assis durant des heures. Sans se soucier des rendez-vous de plus en plus nombreux, des quelques courses à faire en rentrant, sous la demande de Marie-Claire, des papiers à remplir et à envoyer avant la date échéante. Sans rien. Cela faisait combien de temps qu'il ne s'était pas simplement posé ? C'est à peine s'il osait se poser la question. Mais maintenant tout allait être différent. Il ne reviendrait pas sur sa décision. C'est ici qu'il allait se reconstruire. Redevenir l'homme qu'il avait été avant que tout ne s’effondre dans sa tête.

Plus loin, dans un arbre la mésange chantait toujours. C'est le seul oiseau qu'il savait reconnaître. Comment ? C'était l'oiseau préféré de Marie-Claire alors il avait appris à le reconnaître pour l'impressionner. Tout convergeait vers elle. Quoi qu'il fasse, où qu'il aille. Pourtant tout ce qu'il voulait, c'était mettre un terme à cette histoire. La laisser de côté et finir par l'oublier, peut-être. Le ciel devint de plus en plus sombre. Les nuages chargés de pluie venaient s’agglutiner au-dessus de sa tête. La pluie ne le dérangeait pas. Au contraire, il l'aimait bien. Ce serait tellement simple si la pluie pouvait emporter au loin tous ses souvenirs pour qu'il ne reviennent jamais plus. Pour qu'il puisse se reconstruire sans obstacle et sans craindre de se faire retrouver par ses responsabilités. Les garçons. Pouvait-il vraiment les laisser ? Faire comme s'ils n'avaient jamais existé ? Il n'était pas vraiment sûr qu'ils puissent comprendre son geste. Une trahison, penseraient-ils sûrement. Oui, mais c'était déjà trop tard maintenant. Trop tard pour tout ce qu'il avait connu. Le ciel se mit à gronder et déverser son flots de larmes. Lui aussi, il aurait des choses à redire. La misère du monde, détruit petit à petit par l'homme comme si tout lui appartenait. Il ne fuyait pas que Marie-Claire, mais aussi les hommes et leur cruauté. Maintenant il osait enfin se l'avouer. Et il n'était pas le seul. D'autres le faisaient aussi. La peur les prenait les tripes et ne les lâchait plus jusqu'à ce qu'ils soient libérés d'une façon ou d'une autre. Parfois ne manière plus radicale : la mort. Le chemin de terre qu'il avait pris plutôt n'était à présent qu'un tas de boue mâché par la pluie. Parfois il glissait et se rattrapait de justesse. Même s'il tombait ça n'aurait plus d'importance. Marie-Claire n'aurait pas aimé cet endroit sous la pluie. Elle aurait sali sa robe tandis que les garçons se seraient jeté tout ce qui leur passait sous la main. Il les imaginait gambadant plus loin devant. Tandis qu'elle serait à ses côtés sous son parapluie trop petit pour deux personnes. Elle lui ferait malgré tout un sourire. Elle était forte pour les faux sourires, tout le monde se faisait berner. Même lui, au début, y avait cru. Puis avec le temps il s'était rendu compte de la supercherie. Il l'aimait à cette époque alors ça n'avait pas d'importance. Il acceptait comme il l'avait si souvent fait. Puis cela avait fini par le ronger de plus en plus. Vers la fin, juste l'imaginer le mettait dans une colère presque incontrôlable. Un sourire fébrile se dessina sur son visage. Pendant quelques instants il crut que la petite maison avait disparu. Comme si elle c'était volatilisée, de même que son mariage. Un mariage raté. Ce n'était pas le seul, bien au contraire. Et cela le confortait dans l'idée que l'homme ne cherchait qu'à se faire du mal et à tout gâcher. Il prit une serviette beige. Toujours aux couleurs de la maison. Et s'essuya lentement le visage puis les cheveux. Il ne pensa à rien en particulier. Il préfèra savourer l'instant présent. Mais il savait que les souvenirs referaient surface tôt ou tard. Ils étaient encore trop frais pour que son cerveau puisse les effacer comme s'il n'avait jamais été présent. Il aurait peut-être aimé ne pas la connaître. La laisser et rester dans son coin. C'est vrai qu'elle avait été là pour lui, qu'elle avait réussi à le comprendre sans le juger. Mais à présent elle était la plus grande cause de ses souffrances. Une souffrance si terrible que s'il le pouvait, il s'arracherait le cœur et le jetterait quelque part dans la forêt avoisinante. Les bêtes sauvages le mangeraient et on n'en reparlerait plus. Et tout disparaîtrait enfin. La mort ne serait alors plus dans les environs à rôder autour de lui. À lui murmurer des atrocités dans ses rêves, à le surprendre dès qu'il penserait avoir tout oublié. Il jeta la serviette au sol et s'assit sur une chaise en bois. Il aurait préféré le canapé mais il n'était pas chez lui. Il ne devait pas l'oublier. Ce n'était qu'un refuge temporaire. Gilles allait finir par l'appeler. Lui disant qu'il s'inquiétait, que tout le monde s’inquiètait et qu'il devrait rentrer. Que vivre seul n'était pas une bonne chose. Portant, pour lui la situation était parfaite. Il ne pouvait espérer mieux. Qui pouvait le comprendre à présent ? Avec Marie-Claire il n'avait même pas eu besoin de trouver les mots justes. Tout s'était déroulé dans un flot continu de compréhension et d'attention. Et puis tout s'était détérioré une fois la routine installée. Ni lui ni elle ne s'en étaient aperçu avant qu'il ne soit vraiment trop tard. Peut-être qu'elle l'aimait toujours un peu. Pourquoi pensait-il à ça maintenant que tout était définitivement fini ? Il ne voulait plus penser, plus se souvenir. Il voulait à présent simplement dormir avec ce même bien-être qu'il avait éprouvé dans vallée.

A suivre

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