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Le Labo des écrivains

Retour à l'arbre

Cela fait moins d’un an que j’anime ces rencontres entre apprentis écrivains. Je peux découper l’atelier en trois parties que je préfère.

La première arrive tout le long de la soirée. Ce sont les moments de partage. Ce sont les moments où je vois que les participants apprennent les uns des autres, en se respectant mutuellement. Ils échangent leurs tuyaux, leurs obstacles, leurs lectures. Et je m’efface derrière leurs discussions de passionnés. Je les écoute acquiescer ou au contraire se répondre en désaccord ; je les surprends à se sourire, voire à se tirer la langue en plein cours ; je les regarde rire face à une anecdote dans laquelle ils semblent se reconnaître.

« C’est juste que… je ne sais pas si je dois commencer par parler de mon univers ou bien raconter mon intrigue… »

« Stephen King disait… »

« Mais si tu laisses trop de place au hasard… comment gardes-tu le contrôle sur l’histoire ? »

J’interviens de temps à autre pour modérer le débat, accordant le « bâton de parole » à tour de rôle. Je glisse de temps à autre quelques références qui sauront leur être utiles. Je ne cherche jamais à imposer mes conseils. Je ne donne jamais de conseils. Qui suis-je pour le faire ? Moi-même j’apprends tous les jours sur l’art de l’écriture. L’art dans le sens artisanal. L’art dans le sens populaire et accessible. Comme n’importe quel art, l’écriture pour moi se pratique de manière régulière par tous, plus ou moins inconsciemment. Et chacun se trimballe sa propre boîte à outils pour se mettre à l’action. On peut se prêter nos ustensiles de temps à autre pour s’aider à avancer. Avancer, toujours avancer.

La deuxième partie est plus calme, plus sacrée. C’est le moment où l’on n’entend plus que le bruit des touches du clavier ou bien le griffonnement sur une page d’un cahier – selon les préférences d’écriture de chacun. Les personnalités se révèlent et surtout le stade où elles se situent dans leurs projets d’écriture. Les moins inspirés se retrouvent autour du comptoir pour grignoter des chips plutôt que des mots et trinquent à l’angoisse de la page blanche - qui se vit bien mieux à plusieurs. Les explorateurs vont rester derrière leur écran d’ordinateur, à naviguer de site en site pour débloquer leur imagination, ou à contempler les murs jaunes autour d’eux. Les procrastinateurs vont récupérer les armes qu’ils auront ramassées en cours de soirée pour les accompagner dans leur quête du roman idéal et s’y préparer… pour plus tard. Les sprinteurs vont lâcher toutes leurs idées sur le papier et se déchaîner sans outre mesure pour vider leur énergie créative. Et enfin, les rêveurs vont écrire en prenant leur temps, savourant chaque seconde avec leur Muse jusqu’au bout de la nuit.

Enfin, la troisième est plus intime, plus secrète. Aux alentours des sons de cloche, juste avant que notre héroïne ramasse ses pantoufles de vaire et retourne faire face à la réalité. Un temps pour faire le point et relancer une conversation.

-Pourquoi tu écris ?

Je soupire, une crêpe au chocolat dans les mains. Bruno dévore la sienne à mes côtés et m’interroge la bouche pleine.

-C’est moi la coach je te rappelle. C’est moi qui pose les questions normalement.

-Pas si c’est moi qui la pose en premier.

-Pff…

Je prends le temps de réfléchir. Tiens, raison numéro 1.

-Déjà… Je suis plus à l’aise pour m’exprimer à l’écrit qu’à l’oral. Je trouve ça plus facile de trouver mes mots, posée.

Il ne dit rien. Il sait que je suis en train de développer. Raison numéro 2 :

-J’aime raconter des histoires, et surtout réécrire des histoires qui me sont arrivées. Je n’aime pas comment certaines se sont terminées, alors je veux leur redonner vie.

Il se met de la sauce sur le menton. Je me retiens de lui faire remarquer, tandis que nous continuons de descendre la rue jusqu’au métro. Raison numéro 3 :

-Je te cite : c’est une manière de « poser ma rage sur le papier ». Ou sur l’écran, peu importe.

Nous descendons tous les deux les marches et nous engouffrons dans les souterrains parisiens. Je lui donne un mouchoir alors qu’il s’essuie le bout de son nez avec son index.

-Et enfin, j’aime écrire. T’en as aussi sur le visage. Bref. Et toi ?

Je ne peux pas m’empêcher de me montrer maternelle. C’est plus fort que moi. Je dois toujours m’occuper de quelqu’un d’autre que moi. Il paraît que c’est ma ligne morale. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je suis quelqu’un de profondément égoïste. Ma quête du bonheur passera toujours avant. Et apparemment, je ne peux l’atteindre sans rendre mes proches malheureux à leur tour. Je dirais plutôt que je suis une éponge. J’accumule les problèmes des autres, j’essaye de les résoudre pour eux, je les garde en moi, et quand on finit par me presser, on ne trouve plus rien. Je ne suis pas intéressante. Ma mission dans la vie est de rendre les autres intéressants. Mes personnages, mes participants, mes clients. Mais pas moi.

Je sors une sucette de ma poche de mon manteau et la tends à mon interlocuteur pendant qu’il s’essuie. J’insiste du regard. A son tour. Je lui prête mon bâton de parole. Peut-être qu’il reviendra sur une question que je lui avais posée antérieurement, avant que l’on se fasse interrompre.

A suivre

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