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Le monopoly de la discorde

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De mes souvenirs d’enfance, il y a en a un de plus vivace que les autres qui me vient à l’esprit. Il m’arrive même d’y repenser sans le vouloir. Lorsque nous habitions encore la région brestoise, mes parents avaient une maison. Ils l’avaient construites eux-mêmes et de toutes les pièces, une m’a marqué sans même le vouloir. Au-dessus du garage, se trouvait une sous-pente pas très haute, ce qui était largement suffisant pour moi à l’époque, un peu moins pour mes parents qui ne pouvaient se mettre debout sans risquer de se cogner au plafond. On y avait installé toutes sortes d’affaires. C’était un peu le débarras de la maison, et on y retrouvait les cartons de livres de mon père ou encore les jeux de société les moins utilisés ; et je ne citerais pas le Monopoly de la discorde ici. Surtout on y avait installé l’ordinateur. Je ne parle pas du vieil Apple-2-E qui se trouvait dans ma chambre et qui tournait encore à coup de disquettes, mais bel et bien d’un ordinateur sous Windows 95 avec de véritables CDs ! N’ayant pas de véritable bureau, on y jouait allongés ou assis. Pour ma part, je participais en me contentant de regarder les autres jouer, cela contribuait à mon plaisir de voir les histoires des jeux avancer.

Pourquoi cette pièce plutôt qu’une autre me direz-vous ? J’y passais le temps avec ma sœur parfois, je lisais des BD sur le sol inconfortable qui constituait cette sous-pente et elle jouait à l’ordinateur. Ce sol, un amas entremêlé de cordes dures qui faisait mal aussi bien aux pieds qu’aux fesses posées dessus, et je ne vous parle même pas de s’allonger. Mais ce n’est pas ce qui me vient en premier quand j’y pense. Non, ce qui me vient en premier c’est le parfum singulier qu’il porte, un savant mélange à mi-chemin entre l’herbe, le bois et la poussière. Même si pour cette dernière je crois qu’elle n’était pas liée au sol lui-même. Si je devais donner à un roseau une odeur, ce serait sûrement celui-là. Et si chaque personne doit porter une madeleine de Proust dans son cœur, alors voici la mienne sans hésiter. 

Quand je repense à cet appartement, me reviennent en mémoire tous les bons moments de cette époque, irrévocablement perdue. L’odeur du roseau les ravive pourtant, le temps d’un effluve parfumé. Ils m’assaillent alors comme un essaim de bons et de moins bons souvenirs jusqu’à l’étourdissement. Je connais cependant le remède pour ne pas me laisser déborder par le torrent de nostalgie, mais pour faire le tri dans tout ce maelström d’émotions passées et parvenir à naviguer dans la tempête à ma guise. Je ferme les yeux, prend de profondes inspirations et progressivement les images se font plus précises. Je parviens même en me concentrant bien à percevoir des sons : des bribes de conversations, le ressac de l’Océan. Que vient faire le ressac dans la sous-pente me direz-vous ? Il ne s’agit pas d’une histoire d’inondation de garage qui aurait atteint la sous-pente mais il s’agit bien d’une histoire. Elle commence par une partie de monopoly qui avait mal tourné. Je n’en dirais pas davantage si ce n’est que des pions en plastique et des billets colorés s’étaient retrouvé éparpillés un peu partout dans le grenier, que des noms d’oiseaux ont été échangés et que ma sœur est une sacrée mauvaise perdante. Quoiqu’il en soit, attiré par nos échanges houleux, Grand-Père qui nous gardait ce soir-là avait fini par monter pour mettre fin à la querelle. Il était sympathique, notre grand-père mais mieux valait éviter de le mettre en colère. Aussi, quand sa tête avait émergé de la trappe qui menait à notre repère, le silence s’était rapidement installé et la discorde fraternelle bien vite oubliée. Cela eut le mérite de le mettre de bonne humeur et il vint s’installer avec nous. Il nous gratifia alors d’une histoire de marin dont les bretons ont le secret. Dans la voix de mon grand-père, j’entendis ce soir-là le ressac de l’Océan….

A suivre

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