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Le secret de Max

Retour à l'arbre

Max s’était toujours montré très différent des lycéens de son âge.

Alors que pas un ne clôturait sa journée sans avoir liké, tchatté ou posté d’improbables commentaires sur le Net, Max, quant à lui, demeurait hermétique aux espaces de communication en vogue et ne possédait toujours pas de téléphone portable.

Il entendait fort mal la prose phonétique des sms, disait rarement d’une chose qu’elle était « trop cool » ou « trop pas », et n’avait toujours pas réussi à entraîner derrière un buisson la moindre camarade de classe ce qui, cumulé avec le reste, finissait par inquiéter ses parents.

Toute tentative pour déniaiser Max glissait sur lui sans jamais l’atteindre. À tel point que sa mère, femme moderne, battante et déterminée, finissait par se demander si son fils ne souffrait pas de quelque blocage à exorciser d’urgence sur le canapé d’un psychothérapeute.

Mais le psy, malgré ses efforts pour conserver son patient, ne décela aucune névrose propre à justifier un traitement. « Peut-être un peu palot » se contenta-t-il de dire. Remarque qui piqua au vif la mère de Max, qui n’avait tout de même pas payé des honoraires de psy pour s’entendre reprocher le teint de son fils et se faire conseiller la pratique  d’un sport de plein air. Elle avait espéré un syndrome plus en vogue, une  pathologie plus consistante, propre à justifier ce constat amer : Max n’était pas un garçon de son siècle.

Alors qu’elle-même, à quarante-cinq ans, se comprimait triomphalement les chairs abdominales dans des pantalons de cuir dernière tendance, non, vraiment, elle n’avait pas mérité cela. Elle aurait tellement aimé un fils qui la flatte, avec une coupe de cheveux « effet saut du lit », des Nike dernier cri, un torse de teenager en plein éclosion… En la rencontrant avec lui, les gens se seraient écrié : « Comment Ariane, mais c’est ton fils ! On jurerait que c’est ton petit ami… »

Hélas, Max ressemblait à tout sauf à un boyfriend de Club Med. Avec ses ailes nasales huileuses, ses épis joyeusement saupoudrés de pellicules, ses tee-shirts douteux, il avait toujours l’air d’avoir dormi tout habillé.

Fort heureusement, Max lui offrit bien involontairement l’occasion de reprendre espoir. Un soir, vers onze heures, elle était entrée dans la chambre de son fils pour lui dire bonsoir. Après avoir poussé la porte, elle surprit dans l’expression du garçon une gêne inaccoutumée. Étendu de tout son long, couette jusqu’au menton, il s’abandonnait à une douce torpeur, les yeux brillants d’une fièvre qu’elle ne lui connaissait pas.

-          Bonsoir Maman.

-          Tu fais quoi ?

-          Rien du tout, dit Max, avec une rougeur suspecte au niveau des tempes.

-          Pourquoi tu gardes les mains sous la couette ? jubila Ariane, à l’idée qui venait tout naturellement de lui traverser l’esprit. Tu lis une revue de grand, peut-être ? enchaîna-t-elle, gloussant déjà en songeant qu’elle pourrait dès demain raconter à ses collègues de travail comment elle avait pris son fils en flagrant délit de lecture cochonne.

-          Pas spécialement, répondit Max avec hésitation.

-          Je te dérange en pleine action, alors, renchérit la mère d’un ton primesautier, tout à la joie d’imaginer son fils se livrant à des ébats solitaires et libérateurs.

-          Bonsoir Maman, conclut Max sans ménagement, jetant un froid sur les supputations enthousiastes d’Ariane, et lui refusant tout espoir de complicité en la matière.

Lorsqu’Ariane quitta sa chambre, Max poussa un soupir de soulagement, souleva sa couette avec précaution, posa sur la table de nuit le trésor qu’il venait de cacher à sa mère, éteignit la lampe de chevet et s’endormit en pensant à Chloé.

A suivre

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