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Il faisait terriblement chaud cet après-midi là. Iris sentait la transpiration ruisseler dans son dos. Son chemisier collait à sa peau, elle se sentait sale, comment pourrait-elle donner le change ? Son fond de teint se liquéfiait, ses mains étaient collantes. Un véritable désastre.

Elle avait fait connaissance avec Marco sur un site de rencontre. Depuis deux mois déjà, ils correspondaient avec frénésie. Iris s’accommodait très bien du virtuel, elle dévoilait ses atouts et temporisait avec ses complexes. Souvenirs d’enfance, parcours professionnel, qualités, défauts… La réserve de thématiques à aborder semblait s’épuiser, Marco avait beaucoup insisté pour la rencontrer « pour de vrai ». Demeurer un homme tronc sur un 21 pouces n’était pas son ambition première. Iris avait cédé. Le printemps était précoce, sa mère lui avait encore répété « il n’y a plus de saisons » le matin même.

Iris pensait qu’en lui donnant rendez-vous dans une église, il ne pourrait rien lui arriver. Un gentleman saurait se tenir à carreau dans un lieu saint. Elle se signa en rentrant dans Saint Sulpice, l’organiste faisait ses gammes, quelques bigotes étaient dispersées ça et là. La lourde porte grinça, Iris était pétrifiée.

Son ombre se refléta d’abord sur le carrelage en damiers de l’église. Une ombre démesurément grande. Lui-même était très grand et très mince et son style dégingandé lui donnait une étrange allure. Il portait un chapeau de cow-boy et l’enleva avant de franchir le seuil ; il s’avança vers le bénitier, y trempa les doigts et se signa. Cela rassura Iris de constater que Marco, ou celui qu’elle prenait pour lui, semblait connaître et respecter les règles des lieux saints. 

L’homme laissa promener son regard dans l’église. Il s’avança dans l’allée et se dirigea vers le tronc de l’église. Il sortit des pièces de sa poche,  acheta un cierge et se dirigea vers la statue de Sainte-Rita, la patronne des causes désespérées.

Iris était là, de plus en plus stupéfaite de ce comportement. Car, il s’agissait bien de Marco.

Les pas se rapprochaient et Iris sentit un souffle courir sur son nuque, ce souffle léger accompagnait un «  bonjour Iris », qui la fit tressaillir.

 C’était bien la voix de Marco.

Sans se retourner, elle esquissa un hochement de la tête, elle crut que son cou devenu cristal allait exploser en éclats éparses dans l’église

Quant à son bas du dos, elle avait une armée de termites qui le grignotait, c’était délicieusement agréable au début, mais maintenant, son derrière anesthésié la rassurait définitivement contre toute entreprise grivoise et main baladeuse, elle ne sentait rien !

Il prenait son temps, et elle, collée à ce banc verni depuis plus d’une heure, ce banc qui la phagocytait, l’absorbait !

«  Mon Dieu, songea-t-elle, est-ce ainsi que les nonnes et les  prêtres résistent à l’appel de la chair ? » 

Elle avait choisi l’église Saint-Sulpice pour rencontrer Marco et non pas celle de Saint-Supplice. Il n’y avait rien à craindre, les admirateurs de J.K. Huysmans avaient plié bagage depuis fort longtemps. L’ancien satanisme avait périclité et sa version édulcorée pratiquée maintenant dans des clubs, genre et plus si affinités. L’ombre de Gilles de Rais n’obscurcissait plus les vitraux, même aux jours les plus sombres. Les pâles copies de l’abbé Boulan ne déambulaient plus dans les coursives de ce navire céleste.

Non, ce n’était pas ces calamiteuses légendes qui l’effrayaient, mais plutôt ce qui pourrait l’effleurer. Allait-il oser lui mettre la main au joufflu ? La faire chavirer et déchaîner ses désirs ? L’homme au chapeau de cowboy saura-t-il la culbuter sur le brûlant carrelage en marbre de ce temple ? Que pouvait-elle bien craindre ? Sûrement pas le loup ! Elle avait déjà quelques heures de vol. Mais si passé la fulgurance du désir, elle tombait amoureuse ? Voilà une bien autre aventure qu’un simple plan cul (qui lui ne l’engageait en rien). Le danger, c’était de s’engluer dans les méandres de l’amour. « Vouloir donner à quelqu’un, quelque chose que l’on n’a pas et dont il ne veut pas. (et lycée de Versailles) » Cette citation tronquée de Jacques Lacan. Il est vrai que la seule grande quête au 21ème siècle reste celle de la relation. De la qualité de celle-ci, de l’écoute, du respect, de l’échange avec l’autre. Voilà qui est bien plus délicat qu’une nuit de baise sans lendemain. Qui plus est, suivi d’un petit matin où l’on ne se souvient pas du prénom de l’obligé intrus ronflant dans le lit. Et que l’on ne peut même pas appeler chéri pour couvrir sa nauséabonde amnésie. Alors de quoi Iris a-t-elle peur, louper ou réussir cette rencontre, s’engager une fois dans sa vie ? Avant qu’il ne soit trop tard ? Mais trop tard pour quoi ?

C’est à cet instant précis qu’elle ressentit une onde de plaisir monter le long de sa colonne vertébrale. Osera-t-elle se retourner et regarder Marco dans les yeux ?

A suivre

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