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Ni une, ni deux

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Ni une ni deux, elle alla chercher sa valise cartonnée qu’elle avait déjà préparée pour son séjour parisien. Elle n’écoutait plus mes vaines protestations quant à mon absence de nécessaires de toilettes ou de tenue de rechange. On trouverait bien un Prisunic à Paris pour m’acheter une petite culotte et son Mir, lavage à la main, ferait le reste. Je n’avais pas le cœur de la contredire ni sur la disparition de Prisunic qui comme les anciens francs dont elle émaillait toutes ses conversations  représenterait une conversation acrimonieuse sur l’ancien qu’on assassine à chaque mot  supprimé du dictionnaire et à chaque disparition de l’usage d’une monnaie ou d’un appareil pour le commun des mortels.

Je ne l’avais jamais vue fermer la porte de son appartement et remettre sa clé dans la poche intérieure de son sac à main bleu marine avec autant de prestance et de rapidité. Normalement le rituel s’étirait en longueur Mémé ne pouvant pas quitter son logement sans avoir tout d’abord vérifié que la fermeture de sa porte était bien enclenchée et ensuite que la clé était bien en sécurité dans la poche intérieure de son sac bleu marine. Un bien précieux auquel elle se raccrochait comme les temps disparus de sa jeunesse et des apparitions de  son Jean-Michel dans son téléviseur, elle ne tamponna même pas la petite larme de regret de son passé glorieux. Elle n’avait pas le temps de s’appesantir, une mission l’attendait. Elle dévala les escaliers quatre à quatre autant que son arthrose le lui permettait pour rejoindre ma petite voiture stationnée devant la porte battante de son immeuble. Ils n’avaient pas encore eu la mauvaise idée d’installer le digicode comme dans les autres immeubles et croyez-moi elle en était bien contente, ma Mémé d’y échapper encore.

En rien de temps, je me retrouvais sur l’autoroute A10 en direction de Paris avec à côté de moi une mémé bien silencieuse accrochée à sa besace, tendue vers un seul objectif notre arrivée dans l’antre de l’infâme directrice de la programmation qui avait remercié son Jean-Michel comme un malpropre. Ah cette gourgandine jeunette qui à peine débarquée à son poste ne trouvait pas mieux  pour imprimer sa patte de virer à tour de bras tous ceux qui venaient d’un autre temps, ou d’une autre direction ! Mémé enrageait,  maudissait cette femme qui se comportait comme un petit animal qui faisait pipi partout pour marquer son territoire. Sa mâchoire se contractait de façon bien inquiétante et je décidais de proposer un arrêt à la station service un peu avant le péage pour tenter de gagner quelques  instants de réflexion.

« Mémé, il faut vraiment que je fasse un pause. Tu sais ce qu’on dit deux heures de conduite nécessite une pause !

-N’importe quoi, on est parti depuis à peine une heure et à ce train là, elle aura le temps de virer tous les autres animateurs de la chaîne avant qu’on est franchi le périphérique. Allez dépêche-toi. Je t’attends ici, répliqua Mémé en serrant son sac un peu plus fort.

-Tu ne veux pas un petit thé ou un jus d’abricot, tu aimes bien l’abricot ?

- File et n’oublie pas de ne pas t’asseoir sur la cuvette des toilettes, un vrai nid à microbes !

Je fermais les yeux sur la dernière remarque, inutile de rappeler à Mémé que je n’avais plus 5 ans et qu’évidemment depuis le temps qu’elle me le disait, je n’aurai jamais posé ne serait-ce une fesse sur des WC étrangers visualisant depuis l’enfance les microbes me sauter dessus sous le regard de ma mémé si je m’y aventurais. J’avançais résignée vers la station essence me demandant dans quel pétrin, je m’étais fourrée et si je ne devais pas appeler quelqu’un à la rescousse des aventures de Mémé.

A suivre

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