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Nuit blanche à l'abri

Retour à l'arbre

«Toi et uniquement toi peux décider d’être heureux. »

Je tombe. Et dans ma chute, je vois deux yeux bleus qui me transpercent du regard. Je me réveille en sursaut. Je suis en sueur dans mon lit, les cheveux tout ébouriffés, mon maquillage coulant au coin de l'œil. Je reprends conscience. Je reviens à la réalité. Je vois mon ordinateur posé à mes côtés, toujours en veille ; sur le sol, mes nombreux carnets de notes éparpillés ; la lumière de la chambre encore allumée ; les rideaux toujours pas tirés. Le ciel est sombre dehors. J’étais revenue à mon monde ordinaire. Ce monde dont les limites ne semblent jamais me satisfaire.

C'est quoi être heureux après tout ? Est-ce un état de contentement permanent ou bien de courts instants de bonheur que l’on doit apprendre à chérir ? Et si le bonheur n’est qu’éphémère, comment vit-on le reste du temps ?

Je me frotte les yeux. Merde. Je me mets du eye-liner sur les doigts. Tant pis. Flemme de me lever pour me démaquiller. Je m’accorde une deuxième chance. Je range le PC sur ma table de chevet. Je tire sur ma couverture pour me couvrir. Je veux retrouver le sommeil. Je plisse les yeux. Je les serre pour me presser à dormir. Je me répète en boucle des mots rassurants, comme un mantra sensé m’auto-hypnotiser. Je me force un passage dans le pays des songes. Mon refuge constant. Quand je ne peux pas me permettre de partir en voyage ou quand je suis trop loin de chez moi, je trouve ce lieu alternatif pour m'abriter.

Deux yeux bleus me traversent l'esprit. IL m'agace. Sa réponse ne m'offre pas la paix. Je me débats avec les draps. J'ai beau me tourner dans tous les sens, rien n'y fait, je ne trouve pas le repos. Je suis épuisée. Fatiguée de devoir me battre constamment. Même contre Morphée qui ne veut pas s'offrir à moi.

Je rejette mon traversin que j'utilise comme appui et envoie valser ma couverture. Je m'avoue vaincue par mon cerveau en alerte. Au temps pour le sommeil ! Je rattraperai les heures perdues en travaillant…

Je reprends mon ordinateur, me redresse et m'assieds contre le mur les jambes allongées sur le lit. J'ajuste mes lunettes.

Suis-je donc volontairement malheureuse ? Ses mots restent dans ma tête. Cette relation épistolaire du 21e siècle par messagerie instantanée de gamer me paraît de plus en plus difficile à cerner. Je crois n'avoir jamais fait pareille rencontre auparavant. Une personne qui finit mes phrases, devine mon ressenti, et avec qui je connecte aussi facilement. Je ne suis pas de nature bavarde. Je n'aime pas parler de moi, sauf de manière décalée et pleine d’autodérision. Je ne dévoile pas mes sentiments, mais je dis ce que je pense franchement sans passer par quatre chemins. Je garde enfouies en moi mes émotions les plus profondes, pour mieux exploser ensuite. Comme une bombe à retardement. Je sens souvent qu'il m'observe, comme il aime le faire avec tout ce qui l’entoure pour mieux comprendre les gens et le monde. C'est si dérangeant. Son regard croise parfois le mien et me trouble. Il me scanne presque, et me voilà exposée, mise à nue, par un inconnu qui ne sait encore rien de moi. Je ne me sens pas à l'abri. J'ai peur de faire confiance. Je n'arrive pas à me cacher pour autant. Il m'arrive de reculer quand on parle, mais il se rapproche tout de même. J’évite de le toucher pour ne pas envoyer de signes de ma gêne, mais ça n'a pas l'air de l’empêcher lui de le faire. Je veux fuir. M'empêcher d’être encore déçue. Ce personnage si anodin aux premiers abords m'intrigue et m'attire inexplicablement. J'ai envie d'en savoir plus. De questionner le monde avec lui. D’arriver à percer les mystères des hommes. De le laisser m'inspirer dans l’écriture de vieux démons du passé qu'il me rappelle tant.

Le choix d’être heureux. N’est-ce pas de se contenter de ce que l'on a déjà et d'accepter la situation telle qu'elle est présentement ? Dans la philosophie bouddhiste, on prône le détachement de soi, des autres, du matériel. Dans le catholicisme, l'amour du prochain.

Je décide donc je suis ? N’est-ce pas tenter de se convaincre d'un état d’esprit illusoire ? Il m’arrive d’être enjouée et de rire aux éclats. Devrais-je me dire de le faire plus souvent, voire tout le temps. Je m'imagine dans Paris à sourire à tout bout de champ : on me prendrait pour une folle. Les Parisiens sont comme sur un ring de boxe permanent, avec leur fight face et leur capacité à s'en foutre de leur adversaire. Tel un sportif de haut niveau qui cherche constamment à se dépasser, je regarde à travers ma fenêtre au loin, à la recherche d’étoiles qui se cacheraient sous la pollution francilienne au-delà des limites de ma ville.

A suivre

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