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Odeur du bas de mon immeuble

Retour à l'arbre

J’ai pris cette habitude de respirer par la bouche à chaque fois que je vais sur Paris. Comme un mécanisme de défense. Un de ses nombreux boucliers qu’on active inconsciemment lorsqu’on est Parisien, et surtout Parisienne. J’ai réalisé ça l’autre jour, quand mon cousin m’a fait un commentaire sur les « bonnes » odeurs parisiennes et que je ne comprenais pas de quoi il parlait. Je me suis alors autorisée à insuffler l’air autour de moi (c’est-à-dire celui du métro…). Et ça puait. Paris pue. L’image que j’avais de cette belle ville avait tout de suite pris un coup. Il fallait que je referme vite cette odeur de bouche d’égout, cette odeur de merde qui se propageait en moi. C’est donc volontairement maintenant que je coupe mon sens de l’odorat lorsque j’approche des frontières parisiennes. Et que je le rouvre en revenant sur Montreuil.

Des enfants crient au loin, des bruits de motos vrombissent, et des chiens se mettent à aboyer. J’arrive en bas de mon immeuble après avoir traversé la cité animée. Un jeune garçon dévale les escaliers devant moi, manquant de me faire tomber. Il se dirige tout droit vers le banc circulaire en face de chez moi. Il fouille dans l’arbre juste derrière et en sort un sac plastique noir. Je fronce des sourcils et fait mine de chercher mes clés. Les mecs qui squattent mon hall - ou « les parasites » comme j’aime les appeler - me regardent. Je leur envoie un « Bonjour » poli, sans m’empêcher de les mépriser bien intérieurement. Le jeune homme revient en courant et tend fièrement son butin à l’un des gars près de moi. Ils hochent de la tête comme s’ils communiquaient par télépathie.

Je leur adresse un dernier regard avant d’entrer finalement chez moi. J’inspire profondément et j’ouvre mes narines. La « bonne » odeur de beuh se fait enfin sentir. Et je sais qu’en rentrant à l’appartement, j’amènerai cette senteur avec moi, et qu’elle restera collée à mon manteau malgré moi. Mais avant cela, je monte dans l’ascenseur. J’aperçois des traces de liquide sur le carrelage. Mon nez capte rapidement qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle eau… mais bien de la pisse.

-Putain, ils font chier.

Ca me soule. Qui pisse comme ça dans notre immeuble ? Un chien ? Un gosse ? Pourquoi ils nettoient jamais derrière eux ? On dirait qu’ils s’en fichent de leur propre toit. Ou peut-être ne considèrent-ils pas cet espace commun comme leur « chez-soi » ? 

A suivre

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