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Orage et un espoir?

Retour à l'arbre

C’était en effet le moment ou jamais. Il n’y avait qu’un pas à faire pour franchir le seuil de la maison et se retrouver à l’abri, loin de la tourmente. Elle pourrait alors se changer et prendre un bain. Fermant les yeux, elle imagina rieuse l’écume de bulles blanches recouvrir la surface de l’eau bien chaude qu’elle aurait le droit de saupoudrer de sels de bains aux senteurs exotiques évoquant la garrigue et les cigales. Bien entendu, il lui faudrait au préalable recevoir les réprimandes déçues de sa mère pour avoir maculé de tâches herbeuses sa belle robe grenat et ses collants tous neufs ainsi que pour avoir mis à mal la coiffure qui avait nécessité pour voir le jour plusieurs heures et toute la patience de la gouvernante devant une Aurore ne tenant pas en place. Elle ne l’avait pourtant pas fait exprès ! A la pensée de ce jugement parental décidément trop injuste qui l’attendait, elle sentit ses yeux la piquer de nouveau. Elle retint toutefois l’averse intérieure que souhaitait déverser son petit cœur malmené, surprise par la symphonie des plics et des plocs qui commençait à résonner sur les pierres de la terrasse. Le ciel pleurait à sa place !

Émue d’une telle considération à son endroit de la part des éléments, elle se retourna un instant pour observer le jardin et la tea party dévastée. Ces trois invités demeuraient stoïques sur leurs chaises blanches, affichant la dignité d’un capitaine resté sur le pont pour contempler son navire sombrer dans les flots. Elle fit un pas dans leur direction, elle ne pouvait décemment pas les laisser ainsi ! Puis elle se ravisa. Ils l’avaient pourtant bien cherché ! L’un d’eux était-il venu à sa rescousse lorsque le vent avait renversé sa chaise et qu’elle s’était retrouvée à rouler dans l’herbe, les quatre fers en l’air ? Non, c’était un juste châtiment en rétribution de leurs mauvaises actions. Elle fit de nouveau volte-face et posa sa petite main résolue sur le bouton en fer forgé, sculpté en forme de feuille de vignes, de la porte du jardin. Elle inspira profondément. Elle saurait endurer les critiques sans se plaindre et si elle s’y prenait bien, en usant de sa botte secrète des grands yeux humides et de multiples promesses de repentir, elle aurait même droit, une fois le bain pris à une bonne tasse de chocolat pour se remettre de ses émotions ! Hmmm, à cette perspective, la saveur du cacao fondant dont l’amertume se mêlait à la douce saveur du sucre en poudre vint titiller ses papilles de petite gourmande.

Un grondement se fit entendre et un premier éclair fusa, ce qui fit sursauter Aurore. Il fallait rentrer. Pourtant, elle jeta un nouveau regard en arrière. Ses invités prenaient l’eau petit à petit. Si l’orage se poursuivait trop longtemps, peut-être finiraient-ils même par se noyer ! Ce serait trop horrible ! Il s’agissait de ses amis après tout et ce n’était pas ainsi qu’une jeune fille bien élevée traitait ses hôtes. Faisant fi de leur trahison antérieure, elle rentra sa tête dans le col de sa robe et se précipita en courant jusqu’à la table pour les secourir. Quand ils furent tous les trois dans ses bras, les gouttelettes s’étaient mues en trombes d’eau. Il était trop tard pour rejoindre la terrasse. Sans se laisser abattre, la petite fille prit courageusement la nappe tombée au sol sous l’effet d’une bourrasque de sa main disponible, et la table sa traine dominicale. Puis, elle avisa une grosse pierre non loin qu’elle posa dessus pour éviter qu’elle ne s’envole de nouveau. Une fois fait, elle se précipita sous cet abri de fortune. Elle fit taire d’un geste modeste les remerciements qui fusaient, ses trois amis étant vraiment reconnaissants. Ensemble, ils écoutaient tomber la pluie au travers du fin tissu qui voletait en tous sens sous l’effet du vent. Quand un nouvel éclair se fit entendre, la peur vint étreindre l’esprit de la jeune fille jusque-là intrépide. Leur forteresse ne tiendrait pas bien longtemps et il faudrait tenter une sortie. C’est alors qu’elle avisa une motte de terre, à quelques centimètres d’elle qui commençait à s’agiter…

A suivre

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