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Réalité rêvée

Retour à l'arbre

Le téléphone sonne. Ma main tâtonne lourdement à la recherche de ce trouble-fête. Ou devrais-je plutôt dire trouble-rêve ! Le téléphone sonne encore. Pourquoi c’est si difficile de déverrouiller un smartphone de bon matin.Je regarde l’heure. Huit heures trente. Je soupire et enfouis ma tête sous l’oreiller. De toute façon, je suis déjà en retard, autant sauter cette journée de cours. Je devais avoir qu’une heure, je crois. Ou alors c’était Mardi. J’espère que j’ai pas de TD. Non, les TD c’est le jeudi. Et puis à partir de demain c’est les vacances.

Un coup d’œil sur l’emploi du temps de la journée depuis l’appareil et je serais fixé. Alors, Mercredi, mercredi ! Pas de TD cet aprèm. Sommeil, emporte-moi ! Je veux rêver, encore. Si je le pouvais, je passerais mes journées à dormir et à rêver. C’est mon échappatoire. Ça et mes histoires. Je me les conte tous les soirs avant de m’endormir. J’en retouche les détails, les dialogues, ajoute une scène, un élément nouveau. C’est mon rituel avant de dormir. Cela me prend un temps fou. Bon d’accord, trente minutes en moyenne. Mais sans ça, je ne trouve pas le sommeil.

Déjà, le marchand de sable m’emporte, mais pas totalement. Vous savez surement, cet état second entre le rêve et l’éveil. Dormir en étant conscient, c’est ainsi que je le conçois. Si les moines tibétains atteignent quelque chose par leur méditation, c’est à ça que ça doit ressembler. Pour moi c’est allongé dans mon lit, parfois avec une musique pour me bercer. Dans ces instants-là, le temps flotte, s’étire, s’étiole. Il me permet de penser, de réfléchir sans limite, de me questionner. Au point même d’aller titiller parfois les questions-monstres de ce cher Nietzsche. S’approcher au plus près de l’abîme et le laisser regarder à travers vous.

J’en viens souvent à me demander ce que je fais là. Je poursuis des études qui ne font plus sens pour moi depuis longtemps. J’ai toujours vu les sciences comme un jeu, un moyen de s’amuser de passer le temps. Triturer des équations et chercher le bon résultat. Analyser, découvrir, expliquer ! Et pourtant, plus j’avance, moins cela répond à mes autres besoins, ceux qui font vibrer les cordes de mon âme. J’aime les sciences, car j’aime expliquer, mettre des mots et parfois des chiffres sur ce que je vois. Pourtant, je n’ai jamais eu cette fibre scientifique qui anime les gens. Celle de la méthode qui s’applique implacablement. J’ai fait partie de ces gens qui comprennent comment ça marche, qui vous donneront la réponse mais qui ne sauront pas pourquoi. On pourrait dire que j’avais un « instinct scientifique » au mieux. Au-delà de ça j’ai été aidé par une très bonne mémoire, qui m’a permis d’apprendre tout ce qu’on me demandait d’apprendre. Mais faire des tours de chien savant, ça va une fois. Pourquoi pas deux. Et au bout d’un moment on se lasse.

Quand je suis en cours, mon esprit n’arrive pas à rester concentré. Alors je lui donne de quoi se nourrir. Je l’envoie explorer mes camarades. Il les observe, cherche à les comprendre. Mais ça ne dure qu’un temps. Parfois, il les a tellement analysés que j’en devine leurs réponses quand je vais leur poser une question. Alors très vite je renvoie mon esprit dans mon univers, là où tout est à créer, à découvrir. Pourquoi aller en cours dans ce cas ? Hé bien, je suis encore dans mon lit non ? Il paraît qu’on vit dans un monde de diplômes et que beaucoup de personnes seraient prêtes à payer cher pour avoir celui que je suis en mesure de décrocher. Moi, j’y vois un système sclérosé hypocrite où les gens essayent de grapiller la moindre once de fierté possible, même quand elle est largement arrosée d’argent et non de compétence.

Dans tous les domaines j’ai toujours cherché à m’améliorer. Juste pour m’améliorer. Les compétitions je détestais ça. On vous oblige à vous comparer aux autres et au final, on vous classe. Untel est meilleur que machin. Et quand vous êtes meilleurs que machin, alors machin vous jette des regards haineux. Vive les systèmes compétitifs !

Je me redresse dans mon lit. Quelle heure il est ? Téléphone vite ! Plus de batterie. Tiens le soleil décline déjà. Combien de temps ai-je encore passé à réfléchir seul dans mon lit ? Si quelqu’un m’avait écouté on m’aurait surement pris pour un rageux contre le monde. J’allume l’ordi, allez. Dix-huit heures vingt-deux précises. Bon ça va, il est pas trop tard, j’ai seulement passé mes dernières dix-sept heures au lit. Bon, les messages Facebook en priorité. On squeeze ceux des parents et de sœur Discord. Et voilà, ici c’est encore le bordel. Les autres cons, que j’adore, sur la conversation ont laissé pas moins de six-cent cinquante-huit messages sur la conversation de groupe. Bon, je zappe et vais au plus important : les messages perso. Tiens, elle ne m’a pas répondu. J’aurais quand même aimé avoir un retour sur mon texte.

Mes yeux se fixent sur mon dernier message avec mon pseudo, une anagramme de mon prénom. Norbu. Je commence à écrire quelque chose puis me ravise, ayant peur d’être trop insistant. Mon esprit est rapidement détourné par la délicieuse odeur qui me parvient. Faut dire que quand on a faim, toutes les odeurs de bouffe vous donnent envie. Mon estomac s’y met aussi et gronde. Punaise, c’est qui l’enfoiré qui fait un poulet au curry MAINTENANT dans la résidence. En plus, j’ai même pas besoin de me retourner, je sais que mon mini-frigo est vide. Bon pas le choix, faut que je sorte. Douche, habits et j’affronte le froid. J’ai faim.

A suivre

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