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RHUM ?

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RHUM ?

Ce matin, je suis réveillé, affalé sur la moquette dans un état semi-comateux. Avec une gueule de bois carabinée. Il me semble avoir abusé de quelque chose hier soir. Était-ce de l’alcool, de la marijuana, de l’extasy ou que sais-je encore ? J’espère que ce n’était pas de la cocaïne. Probablement pas, car l’état d’égarement de mon mental, à cet instant précis, ne correspondait pas à ce stupéfiant. Je sais bien que la plupart des cadres de ma boîte en sniffent juste avant de rencontrer le big boss, quand ils sont sur la sellette pour leur évaluation annuelle. Par bonheur, ne suis pas dans ce cas. Mon job échappe, tant soit peu, à la religion de l’entreprise, le reporting et la profitabilité. En tant que facilities manager ma tâche consiste à dépenser de l’argent plutôt que d’en faire rentrer. Je suis toujours dans les clous dans la gestion de mes budgets et rarement je les dépasse de plus de 10 %, ce qui est communément admis.

Mais pourquoi tous ces cadavres, qui n’ont rien d’exquis ? Ils traînent sur la moquette et seules leurs flamboyantes étiquettes jettent un éclat lumineux dans ce capharnaüm. On peut y défricher les lettres R, H, U, M. Que peut bien signifier cet acronyme ? Ou est-ce un mot ? Rome ? Comme la ville éternelle. R.O.M.E. comme la nomenclature des métiers de l’antique A.N.P.E. ? Ou bien rhum comme le rhum ? Ce n’est pas possible, car je ne bois jamais, enfin presque jamais. Alors pourquoi ces cadavres sur ma moquette ?

Concentrons-nous, pitié, un petit moment de lucidité. Que s’est-il vraiment passé hier soir, en fait durant cette nuit ? Ça y est, ça me revient par petits flashs. J’ai rencontré une femme, genre gringa, attifée comme une vitrine de fleuriste. Elle m’a fait boire un drôle de truc, que je ne connaissais pas. De la batida de coco. C’est bon, c’est sucré, ça se laisse couler comme le petit Jésus dans une culotte de velours dans un gosier qui en veut, en veut, en veux-tu, en voilà ! Puis nous avons dansé non pas en abrazo comme au tango, mais plutôt un soliloque narcissique. Ensuite, d’errance en errance, de dérive en dérive, de fil en fil tout de blanc cousu, nous avons échoué chez moi. La montée des escaliers fut héroïque, pour ne pas dire pathétique. La serrure de l’appartement résista à peine un quart d’heure. Il me semble que la moquette se jeta sur moi et m’enveloppa affectueusement.

Mais alors, pourquoi tous ces cadavres sur le sol ? La gringa, avait-elle commis tous ces assassinats avant de disparaître sous le linceul de la nuit ?

Non, tout cela n’est pas réel. Ce n’est pas possible. Ce ne serait pas digne de moi. Il ne me reste plus qu’à jeter ces scories dans des containers prévus à cet effet. Je vais devoir téléphoner à la boîte pour leur dire que j’ai attrapé une grippe. Au mois de juin ? Pourquoi pas, tout peut arriver.

A suivre

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