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Terminus majeur

Retour à l'arbre

Monsieur Duchaussoy tenta de convoquer dans son esprit une entrée en matière originale pour aborder la voyageuse, mais rien ne lui vint rapidement. Le temps pressait, Montparnasse était le terminus. L'inconnue au visage d'ange se levait déjà et voulut ranger son livre dans son sac, mais un soubresaut du train lui fit perdre l'équilibre et elle lâcha le livre, qui tomba ouvert par terre. Stanislas s'empressa de le ramasser, non sans jeter un regard curieux à la couverture. Il s'agissait des Liaisons dangereuses, quelle aubaine !

— Est-ce que c'était en dehors de votre volonté ? demanda-t-il en lui tendant le bouquin, se trouvant malin, désireux de l’impressionner.

— Mais de quoi parlez-vous ? répondit-elle, interloquée.

— Pardonnez-moi, je faisais allusion à une réplique de votre livre, mais il semblerait que vous n’y soyez pas encore.

— Tout ce que je fais est voulu, répliqua-t-elle d’un ton décidé, sans doute pour clore la conversation.

Mais elle ajouta, comme soudain consciente de son incohérence :

— Enfin, quand le train ne s’en mêle pas, bien sûr. Sauf déraillement imprévu.

Elle eut un petit rire qu’il trouva cristallin.

Zut, trouver une suite à ça, pas facile. Osons le tout pour le tout, se dit Stanislas et il prit son courage à deux mains.

— Alors, si je puis me permettre, c’est que vous n’avez pas encore vécu de passion digne de ce nom.

Elle sourit, ouf, elle aurait pu aussi bien le gifler. L’effet de surprise lui mit du rose aux joues et elle s’éloignait du portrait de Modigliani pour évoquer un Renoir. Il avait eu l’envie subite de marquer son esprit au fer rouge. C’était la première fois qu’une telle audace s’emparait de lui et il fut à deux doigts de s’excuser, mais l’érotisme abrupt de sa déclaration n’étant pas complètement passé à côté de son but, il se retint d’ajouter quoi que ce soit. Elle restait coite elle aussi.

Il pensa à la rencontre d’Anna Karénine et de Vronsky dans le train, à leur coup de foudre réciproque. Que pouvait-il exister de plus exaltant qu’une telle passion dans une vie ?

Le train arrivait à quai. Elle avait rangé son livre. Il l’aida à descendre sa valise. Comment prolonger ce moment ?

A suivre

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