Ce site est encore en développement. N’hésitez pas à nous faire savoir si vous rencontrez un bug. Merci de votre aide :)

Ton esprit est un feu où réchauffer mes grandes ailes

Retour à l'arbre

Il se réveilla plusieurs heures plus tard, les muscles de son dos et de ses jambes engourdis par le froid. L’obscurité était tombée, et avec elle la fraîcheur des premières nuits d’automne en altitude. Tandis qu’il sortait dans la nuit claire chercher quelques bûches dans l’abri à bois accolé à la maison, il se maudit de s’être endormi avant d’avoir allumé un feu. En rentrant dans la maison, il appuya sur l’interrupteur, et le globe iridescent de l’ampoule lui brûla la rétine un instant, transformant le monde autour de lui dans des nuances de blanc et de mauve. Il éteignit immédiatement la lumière, laissant le temps à ses yeux de distinguer la pièce par la faible lueur de la lune éclairant à travers les larges fenêtres, puis se dirigeant d’un pas assuré vers le poêle circulaire au centre de la pièce. Il l’alluma en quelques instants, et resta planté là, fasciné par les flammes jaunes qui commençaient à lécher le bois en crépitant, éclairant vivement la pièce mais ne dispensant encore aucune chaleur. Il eut un faible sourire en repensant à sa dernière soirée près d’une cheminé, presque sept ans plus tôt.

Marie-Claire l’avait réclamé durant quatre ans pour un weekend end, juste tous les deux, à la montagne. Même lui ne pouvait le dire autrement, elle avait dû lui en parler des centaines de fois, lui montrant des sites internet de réservation, parlant ci et là tour à tour dans la même soirée de ses parents libres pour garder les enfants, de la voiture qui venait d’être révisée et qui grondait d’impatience de faire des kilomètres, puis avec moins de subtilité, de leur chance de en pas avoir de chien pour pouvoir partir en vacances quand il le souhaitait sans avoir à s’en soucier ! Elle riait d’elle-même, de sa propre subtilité digne d’un char d’assaut, et de la franche et sincère incompréhension qu’il affichait face à ses sous-entendus. Elle ne creusait pas plus, frustrée de n’avoir pas su se faire comprendre de son compagnon. Et lui ne cherchait surtout pas à comprendre, conscient d’être dans un de ces moment ou quelque chose lui échappait, mais soulagé de ne pas pouvoir se voir reprocher de ne pas accéder à une demande qu’il n’avait pas saisie. Marie-Claire ne réclamait jamais, par principe et éducation disait-elle, par principe et fierté corrigeait-il.

Aussi avait-elle attendu quatre ans avant de réagir comme à chaque fois et de craquer. Elle lui dicta les jours de congé qu’il devait poser, elle réserva deux billets de train pour les enfants afin qu’ils rejoignent leur grands parents, elle loua en ligne un magnifique petit gîte. Le jour de leur départ, elle était venue chercher son conjoint à la sortie du travail, la voiture chargée de leurs affaires, de nourriture fine, d’une bouteille de mousseux, et d’un encas pour la route, ainsi que tous ses accessoires « au cas où » : une couverture épaisse à étendre au sol pour un pique-nique, deux petits siège en tissu pliable, quelques bouquins, deux plaids, chaud et doux, un paquet de cigarettes, un jeu de cartes… Comme toujours lorsqu’elle s’organisait vraiment, les choses semblaient simples, efficaces, elle avait un plan et le suivait du début à la fin, ne supportant absolument aucune contrariété dans ce plan, fût-elle bien intentionnée.

Elle lui avait donné le volant, et il l’avait accepté, de bon cœur malgré la fatigue de sa semaine de travail, et les trois heures de conduite en perspective dans le soleil déclinant. Elle s’était roulée en boule sur le siège passager, remontant ses genoux sous son menton, faisant fi de la sécurité, s’amusant et riant beaucoup en commentant les CD’s qu’elle retrouvait et écoutait les uns à la suite des autres, parlant de manière ininterrompue et narrant les souvenirs, souvent en commun, que lui ravivé chaque chanson. Elle semblait légère, insouciante, loin de son rôle de mère, de femme au foyer, il retrouvait la femme qu’il avait connue presque 17 ans plus tôt. Elle avait fini par appuyer sa tête sur son épaule, prétextant une fatigue passagère, et il avait cru bon de quitter la petite route de campagne qu’il suivait depuis presque deux heures pour rejoindre un embranchement de l’autoroute proche afin d’abréger la dernière partie de leur trajet, mais lorsque Marie-Claire s’en était aperçue, elle s’était immédiatement raidie, se redressant et appuyant son front contre la vitre, dessinant en silence des vagues dans la buée de son souffle sur le verre froid. Après plusieurs dizaines de minutes passées et à force d’interrogations, elle finit par lui dire d’une voix ferme mais les yeux humides, avec un regard de franche colère et de tristesse profonde mêlées :

-On ne part jamais en vacances, pour une fois, tu sais bien que je déteste l’autoroute, c’est nul, ça va tout droit, c’est moche, ça va trop vite, sur les petites route au moins, on peut profiter du paysage, s’arrêter sur le bord de la route même si l’envie nous prend, on aurait pu vouloir faire l’amour et céder à l’envie sur un coup de tête, comme si il y avait eu encore quelque passion entre nous !

Il avait vu qu’elle était réellement atteinte, comme à chaque fois. C’est vrai, il savait qu’elle n’aimait pas l’autoroute. Il s’excusa, lui expliquant qu’il avait juste souhaité qu’ils arrivent plus vite, pour qu’ils puissent plus vite se poser et en profiter. Il avait posé sa main sur sa cuisse, lui avait répété qu’il l’aimait, qu’il était désolé, et avait fini par quitter l’autoroute. Elle avait fini par conclure qu’elle avait encore fait en sorte de penser à tout pour lui, qu’elle avait fait en sorte que ce voyage ce fasse et que chacun des désirs qu’il aurait pu avoir soit comblé, et qu’il n’avait pas été foutu de simplement penser à elle, à ce qu’elle aimait vraiment. Il avait été bouleversé, encore, et avait dû s’arrêter pour réfléchir. Il savait que parfois, Marie-Claire n’était plus raisonnable. Oh ! qu’il l’avait aimée, toutes ses années, acceptant son amour à elle, parfois trop parfait, trop dévoué, parfois froid et distant comme si il avait été responsable de son incapacité à être heureuse, et essuyant à chaque fois ses propres échecs lorsqu’il essayait d’être à la hauteur, la violence avec laquelle elle les lui faisait payer. Il avait cru, non, il croyait sincèrement qu’elle ne réagissait qu’à hauteur de sa propre souffrance, mais que signifiait toute cette douleur ? Quelque chose n’allait pas, il le savait depuis le début, elle-même s’était interrogée en se voyant parfois sombrer, mais il l’avait à chaque fois rassurée, se rassurant lui-même au passage, refusant d’accepter que peut être, elle n’allait pas si bien que cela, que Marie-Claire aurait peut-être eu besoin d’aide de la part de personnes qualifiées. Même là-dessus, il avait échoué… Ils avaient repris la route en silence jusqu’au chalet, les yeux de Marie-Claire résolument tournés vers l’extérieur, contemplant en silence la nuit désormais profonde, lui ayant le cœur lourd, habité par l’étrange sensation qu’il avait échoué à éviter les pièges tendus par un esprit malin dans l’esprit de sa femme…

Plusieurs heures plus tard, alors qu’ils étaient arrivés à destination, qu’elle avait pleuré, qu’ils avaient ri, mangé, discuté, ri encore, ils étaient à présent allongés sur un amas de couette épaisse pour être au plus près de la cheminée, toute autre lumière éteinte, et il caressait du bout des doigts les courbes du corps de sa femme, la lumière des flammes jouant sur son corps nu, elle, s’étirant comme un chat, Oh ! Qu’elle était belle, pourquoi fallait-il qu’il l’aime ainsi, aveuglément, sans condition… Elle était envoûtante.

A suivre

Vous connaissez un auteur talentueux ?

Inscrivez-vite son adresse email, nous lui enverrons une invitation pour qu’il découvre notre plateforme collaborative !