Ce site est encore en développement. N’hésitez pas à nous faire savoir si vous rencontrez un bug. Merci de votre aide :)

Etagère de mots

Retour à l'arbre

« Je ne suis pas d’accord » dis-je en croisant les bras sur mon torse, imitant tant bien que mal son air irrité. Elle relève la tête de son carnet, le referme puis le range dans son sac. Une série de gestes trop bien calculés pour qu’on n’y voit pas la force de l’habitude.

Je prends quelques secondes pour réfléchir. Elle me regarde, elle attend la suite de la phrase. Je déplie mes bras et prend la tasse chaude entre mes mains. J’en flaire encore le parfum avant d’en boire une gorgée.

« Je ne suis pas tout à fait d’accord » dis-je, corrigeant ainsi ma formulation avant de poursuivre.

« Il y a des choses sur lesquelles on n’a pas d’incidence. Si demain tu te prends une météorite sur le coin de la tête, bien sûr ça ne sera pas ta faute. Mais pour ce qui est de la plupart des autres choses je ne suis pas d’accord, on a plus d’influence que ça. »

Elle veut déjà répondre, je le sais. Quelque chose la démange, elle veut sûrement l’écrire. Ses yeux se plissent. Parfois j’ai un doute, je crois que c’est quand elle est légèrement irritée ou qu’elle réfléchit qu’elle fait ça. Peu importe, je continue mon monologue sans m’en soucier plus.

« La plupart des gens ne veulent pas prendre de décisions car c’est plus simple pour eux. Plus simple de s’en remettre à une autorité ou même à un inconnu. Et pour le coup, je pense que dans la majorité des cas, quand on analyse bien la façon dont les choses se passent dans une situation donnée, à un moment donné, dans un contexte donné. Si les choses ne vont pas comme on veut c’est qu’on ne s’est pas entièrement donné les moyens pour que ça aille dans notre sens. Je pense que pour le bonheur c’est pareil. On ne se donne pas à cent pour cent les moyens d’être heureux. Peut-être qu’on pense ne pas le mériter. Tu savais que la plupart des gens ne s’apprécient pas eux-mêmes ? »

Elle ne répond rien. Son air est encore scotché. Je déteste quand elle fait ça. Elle fixe le mur avec un regard totalement vide. Je sais qu’elle m’a entendu, je sais qu’elle est là, mais c’est comme si elle était enfermée dans un pantin vide dans ces moments-là.

Je patiente et reprends un peu de mon thé qui tiédis déjà. Rapidement elle revient dans le monde des vivants. Alléluia, c’est la résurrection ! Elle me regarde avec deux grands yeux dans ses moments, surtout quand elle sait que je sais. Ce n’est quand même pas ma faute si elle a des absences et que je les remarque. Peut-être que personne d’autre n’ose le lui dire ou le lui faire remarquer.

« Hum … Donc pour toi, je me punis car je ne m’aime pas ? » dit-elle, plus pour elle-même que pour moi je crois.

« C’est ça, et c’est pareil pour un peu tout le monde » dis-je en me renversant un peu de thé sur la main à cause d’un geste trop brusque.

« Je te rappelle que je suis la reine pourtant ! »

Elle ouvre les bras et souris un peu comme si c’était une réponse ultime, fermant le débat.

« Une souveraine bien malheureuse alors ! »

Elle sort de nouveau les mitraillettes de ses yeux. Je souris à mon tour, j’aime bien titiller les gens. Elle se met à me parler de bouddhisme, de bonheur dans le renoncement. Je la laisse faire, écoutant d’une oreille distraite. Mon univers m’appelle, murmure à mon esprit qu’il aimerait que je termine la phrase en suspens que j’écrivais avant qu’elle n’arrive. Je ne résiste pas à une conversation. Je ferme mon écran, rangeant une fois de plus mes personnages sur l’étagère des mythes oubliés.

A suivre

Vous connaissez un auteur talentueux ?

Inscrivez-vite son adresse email, nous lui enverrons une invitation pour qu’il découvre notre plateforme collaborative !