Ce site est encore en développement. N’hésitez pas à nous faire savoir si vous rencontrez un bug. Merci de votre aide :)

Poivre et sel

Retour à l'arbre

Je prends la sucette, ignorant parfaitement le sous-texte qui l’accompagne avant de la ranger dans ma poche.

-Et moi ? répétais-je

-Oui et toi ? renchérit-elle

-Oh, d’ailleurs il faut que je te présente quelqu’un, elle aurait bien aimé venir à un atelier, découvrir mais elle n’a pas eu le temps.

Luna fronce légèrement les sourcils. Elle sait que je n’esquive pas sa question. La vérité c’est que j’y réfléchis, je n’aime pas toujours donner une réponse à la volée, j’ai besoin d’un peu de temps pour mettre en ordre mes idées. Du coup, je passe au sujet suivant le temps que la petite étincelle de pensée qui nait de la question grandisse en amassant l’énergie au fil du chemin de mes neurones.

-Elle devrait pas trop tarder, elle est pas très loin. Dis-je en jetant un œil à mon téléphone

Parfois, j’ai l’impression de forcer ma présence aux gens. Cela me gêne quand j’ai la sensation que je vais trop loin, et ce même lorsque l’on m’assure du contraire. J’ai été de l’autre côté de la barrière et je sais ce que c’est de ne pas savoir dire non, de ne pas savoir faire un choix, de se retrouver là où on ne veut pas être avec des gens qui ne nous apprécient pas.

Trop souvent on nous a pris par le bras et on s’est retrouvé dans une situation qui nous a blessé. Et comme tout ce qui fait mal, on s’en rappelle. J’essaye alors de renverser cette dynamique. Je tends la main aux gens méfiants, je recrée un monde de confiance où l’inconnu ne veut pas forcément du mal. C’est mon utopie.

Au fur et à mesure de mes rencontres, j’ai constaté quelque chose. C’est que cette confiance ne peut naître qu’à deux. A plus, les gens se réservent, évitent les réponses franches, font de l’humour. Je préfère prendre les gens un a un rien que pour cette honnêteté. Le véritable échange. Le donnant-donnant où les gens se livrent sans complexe.

Il reste néanmoins la gêne. Celle venir chercher les gens comme ça, de pénétrer leur zone de confort. Pourtant, je sais que cela permet de belles rencontres, de découvrir des gens extraordinaires. Plus égoïstement et à titre personnel, cela me permet de découvrir leurs histoires, de les graver dans ma mémoire.

-J’écris pour ne pas oublier. Je pense que j’ai peur que tout disparaisse, j’oublie déjà tellement de choses. Tu sais, j’ai tendance à me dire qu’à chaque seconde qui passe, des gens meurent et avec eux, tout un tas de choses. Des connaissances, où ils étaient les seuls à y avoir accès et que tout ça, c’est perdu. Et ça, ça me rend triste. Tu vois ?

Elle ne répond pas tout de suite. Je sais qu’elle est d’accord, je le vois dans ses yeux. Ce discours fait écho à tous ceux qui ont perdu un proche, et elle ne fait pas exception. Sa bouche s’ouvre mais je l’interromps, je m’en veux d’être plus rapide et de couper les gens comme ça. Quand ça m’arrive j’oublie ce que je voulais dire, et je déteste ça.

-Elle est là. Dis-je simplement

Je l’ai rencontré il y a à peine 2 ans mais je l’apprécie déjà beaucoup. C’est quelqu’un qui me tempère, me rend calme, j’aime ça. Quand je la vois descendre l’allée je me demande si elle ne porte pas la même veste en cuir sombre style motard toute l’année. Ou alors sa garde-robe ressemble peut-être à celle de Brice de Nice. Ses yeux noisette sont perdus dans le vide comme d’habitude. Sur sa petite tête ronde, ils complètent parfaitement son portrait, s’additionnant à ses courts cheveux poivre et sel ainsi qu’à la finesse de ses traits. Sans oublier son petit nez. On s’en doutera mais je la trouve plutôt mignonne.

Elle s’approche de nous et me salue de la main sans un mot.

-Luna, Nyx. Nyx, Luna, celle qui organise les ateliers d’écriture et tout. Dis-je en lui tendant le bâton de parole récemment acquis.

La bouche de Nyx forme un petit rond et elle lâche un « Ah » dépourvu d’émotions, presque digne de Denis Brogniart. Il faut savoir une chose, c’est que si Macron veut faire des économies sur les retraites, les hôpitaux ou encore les trains, Nyx, elle, en fait sur les mots.

Ses yeux descendirent lentement sur la sucette. Une petite lueur brilla en eux alors qu’elle récupérait le précieux sésame pour le mettre à son tour dans la poche de sa veste.

A suivre

Vous connaissez un auteur talentueux ?

Inscrivez-vite son adresse email, nous lui enverrons une invitation pour qu’il découvre notre plateforme collaborative !